yves bélorgey

La Mémé, La Maladrerie, Bois le Prêtre, Spinoza, Rue des Pyrénées

6 septembre - 4 octobre 2014

Depuis les années 1990, Yves Bélorgey se concentre sur le patrimoine architectural moderniste en cartographiant le paysage urbain et périurbain. Ses tableaux et dessins constituent une oeuvre picturale riche et polymorphe qui va au delà de la documentation objective d’une architecture d’habitation moderniste.

 

La quatrième exposition d’Yves Bélorgey à la galerie Xippas s’inscrit dans la continuité de son exposition rétrospective au Mamco et du catalogue édité par le musée genevois. En s’éloignant de l’objectivité telle qu’elle a été définie par Bernd et Hilla Becher, l’artiste adopte un point de vue plus subjectif en s’approchant progressivement de ces sujets. L’approche frontale transforme la façade de l’immeuble La Mémé (2012) en grille géométrique. En revanche, dans Tour Bois-le-Prêtre (2013), le champ s’élargit pour inclure des arbres et des éléments autour du bâtiment. La fenêtre qui brille par la réflexion du soleil ainsi que les ombres qui se dessinent autour des objets privilégient une dimension temporelle. Si dans La Mémé 2 (2013), la composition s’articule autour de l’arbre, l’immeuble se déployant en deuxième plan, la distance diminue davantage dans L’atelier de Marc Pataut à la Maladrerie (2014) où la porte ouverte nous invite à voir l’intérieur. Le tableau fonctionne ainsi comme une fiction. Comme l’artiste le souligne, « Par cette fiction, je m’adresse aux habitants. Habitants, spectateurs ou spectateurs-habitants, destinateurs de tableaux, ils en sont les personnages naturels ».1

 

Les graphites de la série Rue des Pyrénées jalonnent un parcours sélectif. L’artiste nous invite à redécouvrir l’une de plus longues rues de Paris en proposant des arrêts devant des bâtiments emblématiques ou bien dans des coins cachés qui passent souvent inaperçus. En se penchant sur la pharmacie ou le bureau de poste, Bélorgey reste fidèle à la représentation de la réalité tout en introduisant la poésie dans les images du quotidien. Tous les détails de la composition proviennent du réel que l’artiste enregistre avec son appareil photo avant de les dessiner sur le papier, fusionnant ainsi le vocabulaire de la photographie en noir et blanc avec celui du dessin.

 

Outil de création et langage plastique à la fois, la photographie se trouve ainsi au coeur de son travail. La première étape de chaque oeuvre consiste à photographier de manière exhaustive son sujet afin de créer un « photomontage », un collage photographique réunissant plusieurs prises de vue. Ce collage est ensuite posé sur une feuille de papier qui reprend la forme de la toile en dimensions réduites, la photographie servant ainsi de dessin préparatoire. L’écart créé entre le photomontage et la surface du papier est comblé par l’artiste qui dessine un prolongement possible de la photographie. Ce va et vient entre la photographie, le dessin et la peinture, entre la documentation et l’interprétation, le réel et l’imaginaire, fait la force du travail d’Yves Bélorgey et le rend intriguant.

 

1 Yves Bélorgey, Intérieurs aux Avanchets, été 2013. Texte publié à l’occasion de son exposition au MAMCO.

 

 

Yves Bélorgey est né en 1960. Il vit et travaille à Montreuil. C’est en 1993, lors d’un séjour en résidence dans les ateliers de la ville de Marseille qu’il entamera ses premières peintures d’architectures. Son travail est représenté aujourd'hui dans de nombreuses collections institutionnelles. En 2012, le Musée Régional d’Art Contemporain Languedoc-Roussillon à Sérignan ainsi que le Stadthaus d’Ulm en Allemagne lui ont consacré des expositions personnelles. La même année le Mamco de Genève a organisé une première exposition rétrospective incluant près d'une centaine d'oeuvres.

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